Guides · La charge mentale
Partager la charge mentale, et ce qu'une application peut vraiment y faire
En France, on a mis un nom sur cette affaire en juillet 2017, quand la bande dessinée « Fallait demander » d'Emma a circulé partout. La BBC vient d'y consacrer un article, signé Grace Dean et Mallory Moench, appuyé sur une enquête menée auprès de 3 000 parents. Voici la version pratique : les conseils des spécialistes traduits en gestes concrets, et un point honnête sur ce qu'une application partagée change, et sur ce qu'elle ne change pas.
Intérêt déclaré : je développe OurSpace, une application de foyer partagé, depuis le Buckinghamshire. J'ai donc une raison évidente de vouloir vous convaincre. Les conseils viennent de l'article de la BBC (en anglais) et de la recherche sur laquelle il s'appuie, tous deux en lien pour que vous puissiez vérifier. Là où OurSpace fait une partie du travail, je le dis ; là où une application ne sert à rien, je le dis aussi.
L'essentiel
- La charge mentale, c'est le fait de penser à tout : remarquer, prévoir, retenir, vérifier. Pas l'exécution. Une des mères citées par la BBC le dit mieux que moi : ce sont des petites choses rapides, à condition de n'avoir qu'à les faire ; elle, il faut qu'elle les prévoie, qu'elle les anticipe et qu'elle ait dix longueurs d'avance en permanence.
- Dans l'enquête citée par la BBC, les mères assurent 71 % des tâches de charge mentale du foyer. L'écart est le plus net sur le quotidien qui revient sans cesse : les repas, le ménage, le planning et le suivi des enfants.
- Les trois conseils qui reviennent : dire clairement ce que l'on porte, confier des domaines entiers plutôt que des tâches isolées, et arriver avec des propositions plutôt qu'avec des questions (le dîner en est l'exemple type).
- Une application ne règle qu'une partie du problème. Elle met la liste et les agendas là où vous les voyez tous les deux, et fait venir les rappels de l'application plutôt que de votre conjointe. Elle ne sert à rien si un seul de vous deux l'ouvre, et, comme le rappelle l'une des spécialistes citées, être mieux organisé n'est pas la même chose que porter moins.
Ce qu'est la charge mentale, concrètement
La définition retenue par la BBC est simple : le poids de tout ce qu'il faut prévoir, organiser, retenir et anticiper pour qu'un foyer tourne. Les exemples sont ceux que vous reconnaîtrez si vous les vivez : la sortie scolaire, le groupe WhatsApp des parents, remarquer quelle pièce a besoin d'un coup de propre, surveiller le sommeil des enfants, prendre les rendez-vous médicaux, acheter les affaires de rentrée. Stacie Matthias, mère de trois enfants, raconte qu'elle s'endort avec une liste de choses à faire dans la tête, et compare cette tête à une bassine de vaisselle qui se remplit tout au long de la journée : si personne ne vient en sortir les casseroles, elle déborde le soir venu. En septembre, dit-elle, c'est pire.
Le cas qui m'a marqué est celui de Sophia, 35 ans, mère de trois enfants à Portsmouth. C'est elle qui règle les sorties scolaires et commande les repas de la cantine sur l'application de l'école ; son mari ne l'a jamais installée. Elle a essayé plusieurs fois de lui expliquer la charge mentale, et a le sentiment qu'il a balayé la question en parlant de « petites choses rapides ». Sa réponse est la meilleure description du problème que j'aie lue : ce sont effectivement des choses rapides, si l'on n'a qu'à les faire, mais il faut les prévoir, les anticiper, et avoir dix longueurs d'avance en permanence. C'est bien là ce qui rend cette charge invisible. Aucune ligne ne mérite à elle seule une discussion, il y en a des dizaines, et une seule personne voit la liste.
Natasha Wallace, psychologue clinicienne citée dans l'article, explique que les femmes qui viennent la voir ne subissent pas un grand facteur de stress mais des centaines de petites sollicitations, avec un cerveau et un corps qui n'arrivent plus à décrocher. Beaucoup fonctionnent en pilote automatique et ne mesurent pas ce qu'elles portent ; ce stress de fond finit par se voir sous forme de mauvais sommeil, d'irritabilité et de fatigue décisionnelle. Anita Cleare, spécialiste de la parentalité et autrice de The Work/Parent Switch, ajoute que cet épuisement déborde sur la vie professionnelle. La recherche qu'elle cite a une forme dérangeante : quand les hommes gagnent davantage, ils en font moins, aussi bien dans les tâches concrètes que dans la charge mentale ; quand ce sont les femmes qui gagnent davantage, elles font moins de tâches concrètes mais exactement autant de charge mentale.
Le chiffre vient d'une étude d'Ana Catalano Weeks (université de Bath) et Leah Ruppanner (université de Melbourne), publiée dans le Journal of Marriage and Family, menée auprès de 3 000 parents aux États-Unis. Les mères déclarent assurer 71 % des tâches de charge mentale du foyer (savoir quand changer les draps et les serviettes, savoir avant quelle date il faut manger ce qu'il y a dans le frigo) ; les pères en déclarent 45 %, et comme chacun répond pour lui-même, les deux chiffres ne s'additionnent pas à cent. La répartition a une forme précise. Aux mères l'ordinaire qui revient sans arrêt : les repas, le ménage, le planning, le suivi des enfants. Aux pères une part plus grande de ce que les chercheuses appellent les tâches épisodiques, celles qui reviennent de loin en loin, comme penser à la révision de la voiture, et là les écarts sont faibles. La formule de la professeure Ruppanner est celle qu'il faut retenir : on n'emporte pas sa vaisselle au travail, mais la charge mentale, on l'emporte partout.
Rien de tout cela ne surprendra qui a lu Emma. « Fallait demander », publié sur son blog en juillet 2017 et partagé plus de 200 000 fois sur Facebook, a fait exactement ce travail en France : donner un nom à quelque chose que beaucoup de femmes vivaient sans pouvoir le nommer. La planche a été traduite dans plusieurs langues et reprise dans le recueil Un autre regard. Ce que l'enquête ajoute, presque dix ans plus tard, c'est la mesure.
Pourquoi cela retombe sur une seule personne
La plupart des femmes interrogées par la BBC font remonter l'affaire au congé de naissance, et Natasha Wallace partage cette lecture. « Si vous devenez la personne qui sait tout, qui sait où tout se trouve et qui a toujours tout fait, tout le monde se met à s'adresser à vous pour tout », dit-elle : on reste ce point central même après le retour au travail. Des mères ont raconté à la BBC qu'elles avaient été ajoutées au groupe WhatsApp de l'école en tant que parent par défaut, quand leur conjoint n'y figurait tout simplement pas.
Les durées françaises créent le même déséquilibre de départ que celles citées dans l'article. Le congé de maternité est de 16 semaines pour une naissance simple (6 avant, 10 après), et de 26 semaines à partir du troisième enfant. Le congé de paternité et d'accueil de l'enfant est de 25 jours calendaires (32 en cas de naissances multiples), dont 4 jours obligatoires juste après la naissance, auxquels s'ajoutent les 3 jours de congé de naissance à la charge de l'employeur. Nouveauté : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a créé un congé supplémentaire de naissance, ouvert depuis le 1er juillet 2026, qui donne à chaque parent un droit individuel à un ou deux mois de plus. C'est précisément le levier dont parlent les spécialistes de l'article, puisqu'un droit individuel, non transférable, est ce qui pousse les pères à prendre effectivement le congé. (Durées vérifiées sur service-public.fr le 6 septembre 2026 ; elles évoluent, revérifiez-les si vous vous en servez pour décider.)
Une partie vient de plus loin que le congé. Zach Watson, père de trois enfants aux États-Unis, qui accompagne aujourd'hui des couples sur ce sujet, raconte que son grand-père n'a peut-être jamais fait la cuisine de toute sa vie de marié, et que son père la faisait peu ; pendant les cinq premières années de son propre mariage, c'était sa femme qui cuisinait presque toujours. Personne n'avait décidé cela. C'était la forme dans laquelle la maison était arrivée.
L'enquête porte sur des parents, mais la mécanique vaut pour n'importe quel foyer. Les poubelles, les échéances d'abonnement, le contrôle technique, l'anniversaire de la mère de qui que ce soit, savoir s'il y a de quoi dîner : quelqu'un tient cette liste, et c'est rarement vous deux.
Les conseils de l'article, traduits en gestes de la semaine
1. Dire ce que vous portez, sous forme de liste plutôt que de reproche
Le premier conseil est le plus simple : dire clairement à l'autre ce que vous tenez et ce que cela vous coûte. Zach Watson appelle cela nommer les choses, rendre visible un travail qui ne l'est pas. Natasha Wallace ajoute le moment : pas quand vous êtes en colère ou débordée, sinon cela s'entend comme un reproche. Et attendez-vous à devoir vous y reprendre. Sam Berry, directeur adjoint d'école et père de deux enfants à Londres, raconte que lorsque sa femme a abordé le sujet après leur aîné, il n'a pas compris et s'est un peu braqué, parce qu'il changeait les couches, donnait les biberons et estimait en faire beaucoup. Il a fallu des mois de conversations avant qu'il voie que le sujet n'était pas la cuisine, mais le fait de savoir ce qu'il y avait dans les placards, de composer le menu et de faire les courses.
Ma suggestion pour éviter que cela tourne à la dispute : faites-en une liste avant d'en faire une conversation. Pendant quinze jours, notez tout ce que vous remarquez, décidez ou vérifiez, pas seulement ce que vous faites. Le sac de sport auquel vous avez pensé. Le dentiste que vous vouliez appeler. La carte d'anniversaire à poster avant jeudi. Puis lisez-la ensemble. Il ne s'agit pas de tenir les comptes, mais que la liste existe ailleurs que dans une seule tête, et que sa longueur se voie.
Dans OurSpace, cette liste, ce sont les tâches partagées : chacune porte qui s'en occupe, pour quand, et le lieu s'il s'agit d'une course à faire. C'est la même liste sur les deux téléphones, et quand l'un ajoute ou coche quelque chose, l'autre reçoit une notification, ce qui évite aussi d'y aller à deux. Une feuille sur le frigo ou une note partagée font tout aussi bien la première partie. C'est la liste qui compte ; l'outil est secondaire.
2. Confier un domaine entier, pas une tâche, et lâcher la manière de faire
C'est le conseil le plus utile de l'article, et celui que l'on rate le plus souvent. Prendre une tâche (« tu peux prendre le rendez-vous chez le dentiste ? ») laisse la vigilance exactement là où elle était, puisqu'il a bien fallu que quelqu'un sache que le rendez-vous était dû et pense à le demander. Sam Berry parle de prendre une catégorie de tâches : l'un s'occupe de toute l'administration scolaire, l'autre de tout ce qui touche aux repas. Natasha Wallace en donne le critère : la prise en charge du début à la fin, sans avoir besoin qu'on vous le rappelle. Stacie Matthias le dit plus sèchement : si elle doit demander à son conjoint de faire quelque chose, cela s'ajoute à sa charge mentale. Même « qu'est-ce que je peux faire pour aider ? », souligne Sam Berry, laisse la réflexion chez l'autre. Le livre Fair Play d'Eve Rodsky dit la même chose avec un jeu de cartes : celui qui tient la carte tient la conception, l'organisation et l'exécution, pas seulement l'exécution.
Deux nuances honnêtes, tirées de l'article. Sam Berry précise que l'égalité n'est pas forcément un partage à parts égales, parce que l'un peut travailler davantage et que l'autre aime peut-être cuisiner ; ce qu'il faut trouver, c'est la répartition qui convient aux deux. Et Afua Williams, mère de deux enfants à Londres, rappelle que celle qui portait la charge doit accepter que l'autre s'y prenne autrement, et que cela ne se passera pas toujours sans accroc. Confier un domaine, c'est aussi confier la manière de le tenir.
Les domaines qui se découpent proprement dans la plupart des foyers : l'école (l'application, le groupe WhatsApp, les sorties, les fournitures, les papiers à signer), les repas (le menu, la liste, les courses), les poubelles et le tri, les voitures (contrôle technique, assurance, entretien), les abonnements et contrats (box, énergie, assurance habitation), les anniversaires et les cadeaux, et les activités des enfants avec les trajets. L'écart mesuré est le plus large sur le quotidien, les repas et le planning en tête : si vous ne déplacez qu'un domaine, prenez l'un de ceux-là.
C'est là qu'une application sert vraiment à quelque chose, pour une raison précise. Celui qui prend les poubelles paramètre la rotation et reçoit le rappel la veille au soir, puis le matin même. Celui qui prend les contrats les saisit une fois et est prévenu avant chaque reconduction, avec le temps de comparer. Celui qui prend les anniversaires reçoit l'alerte une semaine avant, avec des idées de cadeaux. Le rappel vient de l'application et non de l'autre personne : c'est exactement le critère de Natasha Wallace (sans avoir besoin qu'on vous le rappelle) et la réponse à la remarque de Stacie Matthias. Une condition, tout de même : celui qui prend le domaine doit paramétrer cette partie lui-même. Si l'un de vous installe et configure toute l'application, vous avez déplacé la charge, pas partagée.
3. Arriver avec des propositions, pas avec une question
Le conseil sur le dîner est celui par lequel je commencerais, et il vient de Zach Watson. Quand il proposait de cuisiner, il demandait à sa femme ce qu'elle voulait, ce qui renvoyait la décision à la personne qu'il essayait de soulager. Désormais il regarde d'abord dans le frigo, arrive avec des propositions, et donne une option par défaut pour qu'elle puisse ne pas avoir à choisir du tout. La même règle vaut pour les petites choses : plutôt que « il est où, le ketchup ? », il dit où il a déjà regardé. C'est un petit changement, et c'est le bon, parce que c'est la décision qui pèse.
C'est le seul endroit où je dirai qu'une application fait mieux qu'une feuille de papier. Le planificateur de repas d'OurSpace propose une semaine de dîners d'après vos goûts, et une fois quelques recettes enregistrées, il part de vos propres favorites. Celui qui a pris les repas accepte ou remplace chaque jour, et les ingrédients partent sur la liste de courses partagée d'un geste. Si la semaine suivante n'est pas prévue le dimanche après-midi, il vous relance. La réserve honnête : c'est une proposition écrite par une IA, elle suggérera de temps en temps quelque chose d'absurde pour un mardi soir, et vous le remplacerez. Mais « on mange quoi ce soir ? » cesse d'être une question posée à une seule personne à dix-sept heures.
4. Mettre l'agenda, et le reste, là où vous le voyez tous les deux
« Créez un agenda partagé » figure dans la liste de conseils de la BBC, pour que les anniversaires, les réunions d'école et le reste soient connus des deux. Avant l'agenda, les téléphones. Le mari de Sophia n'a jamais installé l'application de l'école ; des mères sont dans le groupe WhatsApp de la classe quand leur conjoint n'y est pas. Cela ne se règle pas avec un logiciel : cela se règle en y étant tous les deux, cette semaine. Rien de ce qui suit ne fonctionne si l'information n'arrive que sur un téléphone.
Au-delà, le travail de l'application est de rendre l'information du foyer commune. Dans OurSpace, chacun connecte son propre Google Agenda (en lecture seule : l'application peut regarder, jamais modifier) et les deux agendas s'affichent côte à côte, si bien qu'« es-tu libre le 14 ? » se règle en regardant plutôt qu'en demandant. La semaine des enfants, si vous l'activez, tient les journées d'école, les activités et les habitudes de chacun, avec qui dépose et qui récupère. Le carnet du foyer garde le code du wifi, celui de la boîte à clés, l'emplacement de la vanne d'arrêt d'eau et qui appeler : c'est la part de la charge qui ne se voit que le jour où la personne qui sait est absente. Si le problème se limite aux agendas, le partage intégré de Google fait cette partie gratuitement, et j'ai écrit comment.
5. Faire des points réguliers, et laisser l'application faire les rappels
Les points réguliers sont un autre conseil de la liste de la BBC : quotidiens, hebdomadaires ou saisonniers, comme cela vous arrange. Stacie Matthias comme Afua Williams disent que septembre est le mois lourd, donc une rentrée est un bon moment pour un point long. Ma suggestion : dix minutes le dimanche avec la semaine sous les yeux tous les deux, et un temps plus long quand tombent les dates de l'année scolaire.
Le reste des rappels peut passer à la machine. Tout ce qui porte une date s'y prête : les poubelles, les échéances de contrat, les anniversaires, les prélèvements des trois prochains jours, les tâches du jour, les événements qui commencent dans l'heure et demie, et un résumé de la journée le matin à sept heures. Dans OurSpace, chacun active ou désactive chaque type de son côté, si bien que celui qui tient le domaine reçoit le rappel et que l'autre n'a pas à le donner.
L'autre moitié, c'est se tenir au courant sans s'interroger mutuellement. À chaque ouverture d'OurSpace, un court résumé écrit pour vous récapitule ce que l'autre a ajouté ou coché depuis votre dernier passage : l'échange de fin de journée (« tu les as appelés ? tu as pris du lait ? ») devient dix secondes de lecture. Ce résumé voit le nom des choses et pour qui elles sont, jamais vos soldes, vos positions ni vos événements d'agenda ; la politique de confidentialité détaille ce que chaque fonction reçoit.
6. Regarder ce qui peut disparaître
Le conseil d'Ana Catalano Weeks, l'une des autrices de l'étude, est le moins cher de la liste et celui pour lequel aucune application ne sert. Regardez ce que vous pouvez simplement arrêter. Faut-il vraiment une carte d'anniversaire en papier pour chaque copain de classe ? Peut-on mettre les groupes WhatsApp de parents en sourdine et s'en tenir aux courriels officiels de l'école ? Une tâche à laquelle on renonce n'a besoin ni de responsable ni de rappel. OurSpace vous rappellera les anniversaires ; il ne vous dira pas lesquels ne méritent pas de carte.
Là où une application ne sert à rien
Être mieux organisé n'est pas la solution. L'avertissement d'Anita Cleare est celui que je mettrais en haut de n'importe quelle page vendant un outil d'organisation, y compris celle-ci : ne tombez pas dans le piège de l'efficacité, l'idée que la réponse serait simplement de mieux s'organiser. Une charge mieux rangée, toujours portée par une seule personne, reste la même charge. Ce qui compte le plus en tant que parent, dit-elle, ce sont les moments de lien avec l'enfant, pas de savoir s'il a mangé ses légumes, et s'en souvenir change ce que l'on exige de soi. Une application peut déplacer les rappels et rendre la liste visible. Elle ne peut pas décider qui porte le reste.
Elle ne fera installer l'application à personne. Le mari de Sophia n'installera pas une deuxième application quand la première n'a jamais été installée. Si le désaccord porte sur l'existence même de la charge, commencez par la conversation, qui est le premier conseil de la BBC, et éventuellement par l'article lui-même. Le chiffre de 71 % est utile à poser sur la table justement parce qu'il ne parle pas de vous deux.
Elle ne remarque rien. Une application vous rappelle le bac jaune parce que vous lui avez indiqué la rotation une fois. Elle ne remarquera pas que les chaussures d'école sont devenues trop petites, ni que votre fille ne parle plus d'une copine. Remarquer reste un travail humain, et c'est pour cela que c'est le domaine qui doit changer de mains, pas seulement la liste.
La configurer est en soi une charge. Celui qui installe l'application devient celui qui sait comment elle marche : le problème du parent par défaut en miniature. Répartissez la configuration selon les domaines convenus : celui qui prend les repas paramètre le planificateur, celui qui prend les contrats les saisit.
Il faut y être tous les deux. Si l'un tient la liste papier et l'autre l'application, vous avez deux listes et personne n'a la vue d'ensemble. C'est aussi vrai d'un Google Agenda partagé doublé d'un mot sur le frigo, et ces deux-là font très bien l'affaire si une application n'est pas pour vous.
Les questions que l'on se pose vraiment
Qu'est-ce que la charge mentale ?
Tout ce qu'il faut prévoir, organiser, retenir et anticiper pour qu'un foyer tourne, par opposition aux tâches elles-mêmes. Faire le dîner est une tâche ; savoir ce qu'il y a dans le frigo, que le mardi c'est piscine et qu'il faut donc que ce soit rapide, et que le lait sera fini demain, c'est la charge. Les chercheuses parlent de travail domestique cognitif.
Existe-t-il une application pour partager la charge mentale ?
N'importe quelle liste ou n'importe quel agenda partagé règle une partie du problème : mettre la liste là où vous la voyez tous les deux et faire venir les rappels d'un logiciel plutôt que d'une personne. La liste de conseils de la BBC comprend d'ailleurs l'agenda partagé et les points réguliers. OurSpace est construit pour cela (tâches partagées avec un responsable, les deux agendas côte à côte, un planificateur de repas, des rappels pour les poubelles, les contrats, les anniversaires et les prélèvements), mais aucune application ne partage la charge tant que vous ne l'ouvrez pas tous les deux et que des domaines entiers ne changent pas de mains.
Comment expliquer la charge mentale à un conjoint qui parle de « petites choses rapides » ?
Notez la liste pendant quinze jours, en y mettant tout ce que vous avez remarqué et décidé, et pas seulement ce que vous avez fait, puis montrez-lui la longueur. Choisissez un moment calme plutôt qu'un moment de colère. Parlez ensuite en domaines et non en tâches : pas « aide-moi davantage » mais « est-ce que tu prends toute l'école, à partir d'aujourd'hui ? ». L'article de la BBC et l'étude de Bath sont utiles à partager parce qu'ils en font une régularité et non un grief, et le témoignage de Sam Berry, ce père d'abord sur la défensive qui a mis des mois à voir les choses, donne une idée juste du temps que cela peut prendre.
Mieux s'organiser suffit-il ?
Non, et l'une des spécialistes de l'article le dit clairement. Anita Cleare appelle cela le piège de l'efficacité : un système plus propre, toujours tenu par une seule personne, c'est la même charge dans une plus jolie boîte. L'organisation aide une fois la charge réellement partagée, parce que la liste et les rappels peuvent alors vivre hors de la tête de quelqu'un, mais le partage vient d'abord.
La charge mentale ne concerne-t-elle que les mères ?
La recherche citée par la BBC porte sur des mères et des pères en couple hétérosexuel, et l'écart y est important. Mais la mécanique, une personne qui devient le recours par défaut et à qui l'on s'adresse ensuite pour tout, existe dans n'importe quel foyer, avec ou sans enfants. Seuls les domaines changent : les abonnements, les voitures et les fêtes de famille au lieu des sorties scolaires et de la cantine.
Que veut dire « parent par défaut » ?
Le parent auquel l'école, les autres parents et les enfants s'adressent en premier, en général parce qu'il était à la maison la première année et qu'il est devenu celui qui sait tout. Natasha Wallace, la psychologue citée par la BBC, pointe l'écart entre le congé de maternité et le congé de paternité, et souligne que ce rôle ne se remet pas à zéro au retour au travail.
Un seul endroit partagé pour la liste, les agendas et les rappels
Les deux agendas côte à côte, des tâches avec un responsable, un planificateur de repas qui apporte les propositions, et des rappels pour les poubelles, les contrats, les anniversaires et les prélèvements qui viennent de l'application plutôt que de votre conjoint. 2,99 £ une fois sur iPhone, gratuit sur Android et sur le web, sans publicité et sans abonnement.
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